CLAUSTRES Georges

par Georges Castellvi, Cyr Descamps (†)
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CLAUSTRES Georges, né le 2 janvier 1910 à Cuxac-d’Aude (Aude), mort le 14 janvier 1997 à Saint-Gély-du-Fesc (Hérault).
Archéologue, attaché au site de Ruscino (Château-Roussillon, Perpignan, Pyrénées-Orientales) de 1946 à 1974. Bibliothécaire de la Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales (SASL des P.-O.).

Georges Claustres naît à Cuxac-d’Aude, à 6 km de Narbonne (Aude), ses parents sont des exploitants agricoles. Cependant, sa famille paternelle est originaire du département voisin de l’Ariège. Il suit une scolarité classique jusqu’à obtenir son certificat de fin d’études.
Sa première passion, qui devient son premier métier, est de se consacrer à la musique, spécialement au violon. Primé au conservatoire de Toulouse (Haute-Garonne), une fois libéré du service militaire, il s’établit en 1931 comme musicien à Narbonne, animant dans toute la région des bals et participant à des concerts jusqu’à la déclaration de guerre en septembre 1939.
Mais, parallèlement à ce travail qui lui permet de gagner sa vie, Georges Claustres s’intéresse de façon bénévole et en amateur éclairé à la préhistoire et à l’archéologie classique. Il fait ainsi la connaissance du comte Henri Begouën, inventeur des grottes des Trois Frères (Ariège) et du Tuc d’Audoubert (Ariège), qui sont devenues des sites de référence pour l’art du paléolithique supérieur. Encouragé par ce mentor, il fait lui-même des recherches et des premières fouilles à Massat (Ariège).
Il rencontre ensuite l’abbé Sigal, directeur des fouilles et conservateur du musée de l’oppidum ibérique d’Ensérune (Hérault), de 1928 à 1942, à quelques kilomètres de Cuxac. Cette nouvelle rencontre va être déterminante pour le reste de sa vie professionnelle. Il seconde alors l’abbé Sigal jusqu’à la déclaration de guerre de 1939, mais son nom n’apparait jamais dans les publications de cette époque.
Claustres entreprend lui-même des fouilles en collaboration avec d’autres amateurs sur le site d’Agatè, l’antique cité grecque à l’emplacement d’Agde actuelle. Il intervient également à Saint-Thibéry (Hérault), l’antique station romaine de Cessero sur la via Domitia. Ces recherches donnent lieu à publication, durant la guerre, de deux articles dans le Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire de Béziers (Hérault), le premier cosigné avec Raymond Aris : « Le problème d’Agde », BSASLB, 4e série, 5, 1939, p. 81-102 ; le deuxième avec Jacques Coulouma : « L’Oppidum de Cessero près Saint-Thibéry », BSASLB, 4e série, 8, 1942, p. 64-78 ; et un troisième, toujours avec Coulouma, dans la revue nationale Gallia : « L’oppidum de Cessero près de Saint-Thibéry (Hérault) », Gallia, I-2, CNRS, Paris, 1943, p. 1-18. Aris et Coulouma semblent avoir été les principaux responsables de ces fouilles.
Enrôlé en septembre 1939, à près de vingt-neuf ans, il est fait prisonnier en mai 1940. Il subit alors une longue captivité dans un stalag d’Allemagne orientale jusqu’à sa libération, en 1945, par les Soviétiques. Il ne revient chez lui, à Cuxac-d’Aude, qu’après avoir transité par la Pologne. Il reprend son métier d’origine, celui de musicien, animant des bals, participant à des concerts. Il se remet à participer à des fouilles dans l’Ariège, à Saint-Lizier, l’antique Civitas Consorannorum. C’est lors d’un des nombreux bals qu’il animait, à Agde, qu’il rencontre sa future épouse, Francine Grenier (Saint-Thibéry, Hérault, 12 juin 1920 – Montpellier, Hérault, 22 mai 1977), agent administratif au lycée Arago de Perpignan (Pyrénées-Orientales). Ils se marient et s’installent à Perpignan. De leur union naît un fils, Bernard.
Après 1945 commence la seconde partie de la vie de Georges Claustres, établi à Perpignan, consacrée quasi-exclusivement à l’archéologie et, en particulier, à la fouille de la zone du forum de Ruscino, riche en silos d’époque protohistorique, antérieurs à la mise en place du forum d’époque augustéenne (20 av.-5 apr. J.-C.) Ces premières fouilles sont faites sans autorisations officielles, la loi Carcopino (1941) sur l’archéologie et les biens culturels enfouis n’étant pas encore passée dans les mœurs.
Officiellement, en 1946, Claustres reprend les fouilles du site de Ruscino arrêtées depuis les travaux de Frédéric-Paul Thiers (1909-octobre 1913), à la veille de la Première Guerre mondiale. Il les entreprend avec Martin Vivès, peintre et professeur aux Beaux-arts, conservateur du musée municipal de peinture et de sculpture (par la suite baptisé musée Hyacinthe-Rigaud, en 1953). Appuyé par Félix Mercader, alors maire de Perpignan, Martin Vivès veut créer à l’hôtel Pams (Perpignan) un musée d’histoire et d’archéologie du Roussillon, dont Georges Claustres serait l’animateur en tant qu’archéologue de Ruscino. Au même moment, Claustres fait la connaissance à Perpignan de Raymond Lantier, directeur du musée des antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise, aujourd’hui Yvelines) et responsable des fouilles, localement, du cimetière wisigothique de Les Tumbes à Estagel (Pyrénées-Orientales), d’abord de 1935 à 1937, puis de 1946 à 1948. Cette rencontre est décisive pour Claustres qui, grâce à Lantier, est reconnu et lui facilite l’obtention d’autorisations et de subventions nationales.
À partir de ce moment, Georges Claustres peut compter sur l’aide de bénévoles enthousiastes qui remplacent les quelques ouvriers occasionnels mis à sa disposition par la mairie de Perpignan. Ses journées se déroulent selon le même programme : le matin, à l’hôtel Pams (18, rue Émile Zola, Perpignan), travaux de restauration des objets issus des fouilles, gestion, étude du mobilier archéologique et préparation d’articles à publier ; l’après-midi, déplacement à bicyclette jusqu’à Ruscino, à 5 km, avec une petite remorque pour porter pioche et pelle et rapporter les mobiliers archéologiques découverts le jour-même. Faute de moyens adéquats pour évacuer les sédiments et compte tenu des techniques de fouilles alors utilisées (« pelle et pioche »), la zone du forum paraissait un peu chaotique.
Á la suite du décès en 1949 du maire en poste, Félix Mercader, le projet du musée d’histoire et d’archéologie à l’hôtel Pams est abandonné et les collections de Ruscino, qui comprenaient les toutes premières découvertes, notamment les fragments d’inscriptions sur marbre trouvées sur le forum lors des fouilles de Thiers (1909-1913), ainsi que les objets mis au jour par Claustres tant à Ruscino que dans le reste du département, sont transférés du premier au troisième étage de l’hôtel Pams. Plus tard, l’ensemble de ces collections est déménagé dans les réserves du musée Hyacinthe-Rigaud, au siège social de la Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales (SASL des P.-O.) ou à son domicile perpignanais, puis au dépôt archéologique départemental du Palais des Rois de Majorque (de 1974 à 1983). Depuis, l’ensemble des collections et des notes de fouilles de Ruscino a rejoint le Centre de documentation archéologique Rémy Marchal de Ruscino.
Grâce au travail de Georges Claustres, le site de l’oppidum de Ruscino a été inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1954 puis en bonne partie acheté par la ville de Perpignan en 1972. Après le départ à la retraite de Georges Claustres, employé de la ville jusqu’en 1974 officiellement comme agent administratif ou rédacteur, les fouilles ont repris avec des moyens plus importants tant pour la logistique que le financement des campagnes sous la direction d’abord de Guy Barruol, directeur des Antiquités historiques du Languedoc-Roussillon, de 1973 à 1979. Puis, de 1980 à 2004, c’est Rémy Marichal, archéologue d’abord attaché à la Direction des Antiquités historiques à Montpellier, et second de Guy Barruol sur place depuis 1977, qui reprend la direction des fouilles à la fois sur la zone du forum et plus à l’est sur l’emplacement d’un quartier d’habitation de la fin du Ier s. av. J.-C.-début du Ier s. apr. J.-C. En 2004, Laurent Savarese, titulaire de la fonction publique depuis 2001, reprend des fouilles programmées, puis la direction du service en 2016 et dirige depuis 2021 un Projet collectif de recherche (PCR). De 2007 à 2016, Isabelle Rébé a assuré l’intérim de direction du Centre archéologique.
En 1974, après le premier colloque consacré à Ruscino au Palais des Congrès de Perpignan, sur l’initiative de Guy Barruol et de la Ville de Perpignan, Georges Claustres prend sa retraite. Son épouse, Francine Grenier, décède en 1977. Les dernières années, il déménage auprès de son fils, à Saint-Gély-du-Fesc, où il meurt le 14 janvier 1997 à l’âge de 87 ans.
Outre sa principale activité archéologique à Ruscino, Georges Claustres a participé activement à la vie archéologique départementale, fouillant souvent seul, parfois en collaboration avec d’autres archéologues bénévoles (Eugène Devaux ; Louis Bassède*1 et Roger Grau*1 ; Jean Abelanet) ou étudiant avec des numismates (Victor Lafont*1 ; Jean-Claude Richard). Il est ainsi intervenu à Argelès sur Mer sur la nécropole à incinération protohistorique de La Pava avec Devaux ; à Elne, l’antique Illiberris ibérique et romaine, aux côtés de Grau et Bassède ; à Peyrestortes, sur la villa romaine de Les Sedes, qui a livré un ensemble important de graffiti latins sur céramiques ; à Canet, au Puig del Bajà, un site romain, aux Hospices et à Bellevue, site d’une autre nécropole à incinération protohistorique ; à Torreilles, sur les mottes castrales de Juegues et de Mudagons ; sur divers sites antiques de Perpignan (Sainte-Thècle/Mas Roca en 1952, Mas Coste en 1960, Boulevard Kennedy en 1967…) et de la plaine du Roussillon.
Il intègre, en 1951, l’équipe des Études roussillonnaises (ER), revue fondée par Jean Abelanet, Louis Bassède, Marcel Durliat, Roger Grau, Pierre Ponsich et Annie de Pous. Il est également bibliothécaire, durant plus de trente ans, de la Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales (SASL des P.-O., créée en 1833) et membre, depuis sa fondation en 1974, de l’Association numismatique du Roussillon (ANR) dont le siège social se trouve au musée des monnaies et médailles Joseph-Puig, avenue de Grande-Bretagne. Il est aussi correspondant de la Société préhistorique française depuis 1951.
Au début des années 1980, Georges Claustres se retire peu à peu de ces différentes activités associatives, assistant de temps en temps aux conférences de la SASL et de l’ANR. Il est cependant sollicité dans les années 1983-1984 par Pierre-Yves Gentil, agent du Service régional d’archéologie (Montpellier) – nouvelle appellation de la Direction des Antiquités historiques – pour participer à la révision du mobilier et des sites archéologiques du département (opération de révision de la « Carte archéologique »), puis par Jérôme Kotarba, employé de l’Association archéologique des P.-O. (AAPO) dans le même esprit, en 1985-1986.
Georges Claustres fait partie de la génération des pionniers de l’archéologie du département des P.-O. qui ont œuvré, souvent bénévolement, dans les années 1940-1970, comme d’abord Eugène Devaux, Pierre Ponsich, puis Jean Abelanet, Louis Bassède, Yves Chevalier, Roger Grau ou Jacques Llado.

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Pour citer cet article:

URL: https://publicationsdelolivier.fr/produit/claustres-georges/ notice CLAUSTRES Georges par Georges Castellvi, Cyr Descamps (†), version mise en ligne le 11 juillet, 2026, dernière modification le 16 juillet, 2026.

1950, fouilles de Ruscino, « intérieur de la maison au tambour et colonne » (annotations de Georges Claustres).

Décembre 1956-janvier 1957, fouilles de Georges Claustres dans le forum (annotations de G. Claustres).

1973, création de l’association numismatique du Roussillon (ANR). Assis au premier rang (de g. à d) : x, enfant, Éliacin Bonnel (1895-1983), René Argelliès*1 (1915-2004), Victor Laffont (1901-1983) conservateur du musée numismatique Joseph-Puig, x, x. Au deuxième rang, debout, à gauche, on reconnaît Jean Rostand et Georges Claustres. En huitième position se tient l’avocat Roger Tourné et en dixième, Isidore Boé.

Années 1980, Georges Claustres (à d.) en visite à Ensérune (Hérault).

ŒUVRE

L’ensemble des articles écrits par Georges Claustres, seul ou en association, de 1949 à 1987, soit 64 articles, a été établi et publié par Jean Abelanet et Jérôme Kotarba, « Bibliographie de Georges Claustres », in : Études roussillonnaises, Hommage à Georges Claustres, XV, Canet en Roussillon, 1997, p. 17-18.

SOURCES

– ABELANET, Jean, KOTARBA, Jérôme, « Bibliographie de Georges Claustres », Études roussillonnaises, Hommage à Georges Claustres, XV, Canet en Roussillon, 1997, p. 17-18.
– DESCAMPS, Cyr, « Georges Claustres, pionnier de l’Archéologie en Roussillon », Études roussillonnaises, Hommage à Georges Claustres, XV, Canet en Roussillon, 1997, p. 9-16.
– KOTARBA, Jérôme, CASTELLVI, Georges, MAZIÈRE, Florent (dir.), Les Pyrénées-Orientales 66, coll. Carte archéologique de la Gaule, AIBE – MSH – Ministères de l’Éducation nationale, de la Recherche, de la Culture et de la Communication, Paris, 2007, 712 p.
– DESCAMPS, Cyr, CASTELLVÍ, Jordi, « Georges Claustres 1910-1997 », La nissaga catalana del món clàssic, M. Tudela i Penya, P. Izquierdo i Tugas (dir), Auriga, Barcelone, 2011, p. 380-382.
– Témoignages de Laurent Savarese, directeur du Centre archéologique Rémy Marichal, Oppidum de Ruscino (Château-Roussillon, Perpignan), juin 2026.

ICONOGRAPHIE

– Photos 1, 2 et 4 : Fonds Centre archéologique Rémy Marichal / Ville de Perpignan.
– Photo 3 : Fonds Association numismatique du Roussillon, Perpignan.

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